Aftertouch et MPE : jouer l'expression au clavier

L'aftertouch mesure la force avec laquelle tu continues d'appuyer après l'attaque, et s'en sert pour faire vibrer la note, éclaircir le timbre ou enfler le volume sans lâcher le clavier.

Le MPE va plus loin en donnant à chaque note sa propre pression, son propre glissement de hauteur et son propre mouvement, ce qui rapproche le clavier d'un instrument à cordes ou à vent.

Écrit par Adrien Castagnac

Ce que ça veut dire

Sur un piano, une fois la touche enfoncée, la note t'échappe : le marteau a frappé, le son décroît, tu ne peux plus que le couper. Un violoniste, un chanteur ou un saxophoniste, au contraire, modèle chaque note pendant qu'elle sonne. L'aftertouch et le MPE cherchent à rendre ce pouvoir au clavier.

L'aftertouch de canal

Un capteur placé sous le clavier mesure la pression quand tu appuies davantage sur une touche déjà enfoncée. Cette mesure est envoyée comme une seule valeur pour tout le clavier : si tu tiens un accord et appuies sur une seule note, c'est tout l'accord qui reçoit l'effet. On l'utilise pour un vibrato, une ouverture de filtre, un volume qui monte. Ce type d'aftertouch existe sur beaucoup de synthés et de claviers maîtres, jusqu'aux petits modèles comme le Behringer Swing.

L'aftertouch polyphonique

Ici, chaque touche a son capteur. Dans un accord, tu peux faire vibrer la note du haut et laisser les autres immobiles. C'est très expressif, mais coûteux à fabriquer, et longtemps resté réservé à quelques instruments. Il revient sur des synthés récents, avec un clavier qui ressemble à n'importe quel autre.

Le MPE

MPE veut dire « MIDI Polyphonic Expression ». Le principe : chaque note jouée part sur son propre canal MIDI, ce qui lui permet de recevoir ses propres valeurs de pression, de hauteur et de timbre. Avec un contrôleur MPE, tu peux faire glisser une note d'un accord vers le haut en déplaçant le doigt, comme un guitariste qui tire une corde, pendant que les autres restent en place. Les surfaces continues comme le Haken Audio Slim Continuum ou le ContinuuMini poussent cette idée jusqu'au bout : il n'y a plus de touches séparées, seulement une zone où la position du doigt donne la hauteur.

Ce que ça demande

Plus l'instrument lit d'informations, plus il faut de travail pour les maîtriser. Un pianiste habitué à attaquer et relâcher découvre qu'une pression involontaire fait bouger le son. Le MPE demande aussi un instrument récepteur compatible : de nombreux synthés logiciels le gèrent, beaucoup de synthés matériels non. Un petit contrôleur comme le Muse Kinetics K-Board C permet de découvrir ce jeu sans changer de clavier principal.

Faut-il en vouloir

Pour jouer du piano ou de l'orgue, l'aftertouch ne sert presque à rien. Pour des solos de synthé, un vibrato à la pression est un vrai confort, et l'aftertouch de canal suffit. Pour des sons d'instruments à cordes ou à vent, des textures qui évoluent, ou une musique où chaque note doit respirer, l'aftertouch polyphonique et le MPE ouvrent un autre jeu.

Selon ton répertoire

Électro et production

En production, l'expression note par note fait vivre une nappe ou un son de cordes synthétiques sans dessiner d'automation. L'Expressive E Osmose lit la pression et le déplacement latéral de chaque touche, l'Intuitive Instruments Exquis le fait sur 61 pads hexagonaux, l'ASM Hydrasynth Explorer propose un aftertouch polyphonique sur un clavier classique.

Expressive E Osmose (7,7/10, 1 599 €) ; Intuitive Instruments Exquis (7,8/10, 285 €) ; ASM Hydrasynth Explorer (8,6/10, 585 €)

Pop et rock

Sur scène, l'aftertouch de canal suffit pour un vibrato de solo ou un son de cuivres qui enfle sur la tenue. Le Roland Jupiter-X l'offre sur ses 61 touches, tout comme le Novation 61SL MkIII pour piloter d'autres machines, et le M-Audio Oxygen Pro 49 sur 49 touches.

Roland Jupiter-X (8,3/10, 2 349 €) ; Novation 61SL MKIII (7,3/10, 699 €) ; M-Audio Oxygen Pro 49 (7,3/10, 189 €)

Ce qu'il faut lire dans une fiche technique

  • La ligne « Aftertouch » : un simple « oui » désigne presque toujours l'aftertouch de canal, une seule valeur pour tout le clavier.
  • La mention « aftertouch polyphonique » : chaque touche envoie sa propre pression, ce qui reste rare.
  • La compatibilité MPE : elle demande un contrôleur ET un instrument, logiciel ou matériel, qui la gèrent tous les deux.
  • Les axes lus par note : pression, glissement latéral (hauteur), mouvement d'avant en arrière ; plus il y en a, plus le jeu demande de travail.
  • Le mode de fonctionnement : synthé autonome, contrôleur MPE, contrôleur MIDI classique ; un instrument qui fait les trois s'intègre partout.

Les modèles cités

Prix indicatifs au 16 octobre 2026.

Autres notions : Clavier maître : 25, 49, 61 ou 88 touches selon ce que tu joues, Orgue à tirettes pour le jazz, la soul et le gospel : clones et vrais claviers, Premier synthé polyphonique : voix, moteur et clavier.

Touches noires claviers rangés par répertoire